Et si ton diplôme infirmier pouvait t’ouvrir une voie différente de l’hôpital, du service de soins ou de l’exercice libéral ?
Marcella a choisi de devenir enseignante vacataire en lycée ST2S. Elle enseigne les sciences et techniques sanitaires et sociales, les ST2S, à des élèves qui se préparent souvent à intégrer les secteurs sanitaire, social et médico-social.
Entre préparation des cours, gestion de classe, pédagogie, dossiers, épreuves du bac et accompagnement des élèves, le métier de professeur demande de nouvelles compétences. Mais il permet aussi de valoriser une expérience infirmière, une connaissance du terrain et une vraie capacité à transmettre.
Marcella prépare aujourd’hui le Capet STMS, le concours de professeur qui peut lui permettre d’intégrer la fonction publique comme enseignante titulaire. Formation, conditions d’accès, salaire, réalité du quotidien : son témoignage te donne des repères concrets avant d’envisager cette reconversion.
De l’hôpital au lycée : changer de cadre sans perdre ses valeurs
Marcella aimait le lien humain, la technicité et l’utilité du soin. Mais la fatigue, les horaires et la charge émotionnelle l’ont poussée à chercher un métier plus soutenable.
« J’aimais profondément le soin. Mais j’avais besoin de pouvoir anticiper davantage, prendre du recul et retrouver de la disponibilité pour ma vie personnelle », confie-t-elle.
L’enseignement lui a permis de rester dans les champs de la santé et du social, sans être dans l’urgence permanente. Elle ne soigne plus une personne à un instant donné : elle aide des lycéens à comprendre les besoins de santé, les inégalités, les droits et les réponses collectives mises en place dans la société.
ST2S, STMS : quelle différence ?
Ces sigles se ressemblent, mais ils ne désignent pas la même chose.
- ST2S est la filière technologique du lycée : sciences et technologies de la santé et du social.
- STMS signifie sciences et techniques médico-sociales : c’est notamment l’intitulé du Capet que Marcella envisage de préparer.
En ST2S, les élèves travaillent sur la santé publique, la prévention, la protection sociale, le handicap, le vieillissement, les inégalités sociales de santé, les institutions et les politiques publiques.
L’objectif est de les aider à analyser des situations sanitaires et sociales et à se préparer à des études dans ces secteurs.
« J’aime leur montrer que derrière les grands mots, il y a des personnes. Une personne qui renonce à se soigner, une famille aidante épuisée, un jeune qui ne connaît pas ses droits : ce sont des réalités que j’ai vues », raconte Marcella.
Les missions d’une enseignante de ST2S

Le métier ne consiste pas à raconter son expérience d’infirmière devant une classe. Marcella doit transformer ses connaissances en cours compréhensibles et faire progresser les élèves.
Elle part de questions concrètes : pourquoi l’accès aux soins est-il inégal selon les territoires ? Comment fonctionne l’Assurance maladie ? Comment une action de prévention est-elle construite ?
Au quotidien, elle doit notamment :
- préparer et animer les cours de ST2S ;
- créer des études de cas, des évaluations et des supports pédagogiques ;
- corriger les travaux et accompagner les difficultés ;
- préparer les élèves aux épreuves du baccalauréat ;
- participer aux réunions et travailler avec l’équipe éducative ;
- adapter sa pédagogie à des classes très hétérogènes.
« Au début, j’avais envie de donner la réponse immédiatement, comme dans une situation de soin. J’apprends à guider les élèves pour qu’ils construisent eux-mêmes leur raisonnement », explique-t-elle.
Son expérience d’infirmière : un atout, mais pas un raccourci
Le terrain infirmier apporte une vraie crédibilité. Marcella connaît la coordination, la prévention, la vulnérabilité, les parcours de soins et les difficultés rencontrées par certaines familles.
Elle peut donner du relief aux notions et éviter qu’elles restent trop théoriques.
Mais maîtriser un sujet ne suffit pas à enseigner. Il faut apprendre à préparer une séance, gérer un groupe, évaluer les acquis et recommencer autrement si nécessaire.
« Mon expérience me donne beaucoup d’exemples. Mais je dois toujours partir de la question : qu’est-ce que l’élève doit comprendre, et comment je l’aide à y arriver ? » précise Marcella.
Enseignante vacataire : une première expérience avant la titularisation
Marcella exerce aujourd’hui comme enseignante vacataire. Elle intervient donc dans un lycée sans être encore professeure titulaire.
Cette expérience lui permet de découvrir les classes, les préparations, les réunions et le travail avec les collègues. L’Éducation nationale peut recruter des enseignantes non titulaires pour assurer des remplacements ou pourvoir des postes selon les besoins des académies. Pour le lycée général et technologique, un diplôme bac+3 ou équivalent est habituellement demandé.
La rémunération dépend du contrat, du volume de service, des qualifications et de l’expérience. Il faut rester lucide : ce statut offre une porte d’entrée, mais pas la stabilité d’un poste titulaire.
« J’aime vraiment ce métier, mais, malgré les avantages du poste de vacataire, je sais que j’ai besoin de sécuriser la suite. C’est pour cela que je pense au concours », dit Marcella.
Le Capet STMS : son objectif pour devenir titulaire

Marcella prévoit maintenant de préparer le Capet sciences et techniques médico-sociales.
Dans l’enseignement public, réussir ce concours permet, après la formation et la titularisation, de devenir professeure certifiée.
Depuis la session 2026, le Capet externe est accessible à bac+3 ; une voie bac+5 reste organisée de façon transitoire jusqu’à la session 2027. Il existe aussi des voies interne et troisième concours, dont l’accès dépend du diplôme et du parcours professionnel.
La préparation ne porte pas uniquement sur les sujets sanitaires et sociaux. Il faut aussi montrer que l’on sait analyser des dossiers et se projeter dans le métier d’enseignante.
Pour le Capet externe bac+3, il y a deux épreuves écrites et deux épreuves orales.
« Mon expérience du soin est une base solide, mais je dois apprendre les programmes, la pédagogie et les attentes du concours. C’est un vrai projet professionnel », reconnaît-elle.
Salaire : ce qu’il faut regarder avant de se lancer
Le salaire dépend fortement du statut. Comme Marcella est vacataire, elle n’est pas rémunérée selon la grille des professeures certifiées.
Son revenu dépend de son contrat, du nombre d’heures confiées et des conditions fixées par l’académie. Donner un montant unique serait donc trompeur. Avant d’accepter un poste, il faut demander des éléments précis :
- durée du contrat,
- nombre d’heures,
- rémunération brute,
- indemnités éventuelles,
- modalités de paiement pendant les vacances scolaires.
Une fois titulaire, la rémunération repose sur une grille de la fonction publique et varie selon l’ancienneté, les indemnités et la situation personnelle. Un simulateur officiel permet d’obtenir une estimation individualisée. C’est le même mécanisme que dans la Fonction Publique Hospitalière que tu connais déjà.
Marcella invite aussi à regarder au-delà de la fiche de paie.
« Il faut comparer le salaire, oui. Mais aussi les nuits, les week-ends, la fatigue, les trajets et la place que le travail laisse à ta vie personnelle. Si tu étais dans un service dans lequel tu travaillais les nuits, week-ends et jours fériés, ton salaire risque de diminuer. Il est important d’en avoir conscience. »
Les avantages et les difficultés de cette reconversion
Cette reconversion peut apporter un rythme plus régulier que les soins hospitaliers. Marcella apprécie de pouvoir anticiper son travail, de ne plus vivre les nuits et les week-ends de la même manière, et de retrouver des périodes de congés scolaires.
Elle aime aussi voir les élèves progresser.
« Quand un élève comprend une notion qu’il trouvait inaccessible, c’est très fort. Ce n’est pas le même type de satisfaction qu’en soins, mais cela a beaucoup de sens. Pour autant, le métier n’est pas une parenthèse facile. Les cours demandent du temps de préparation, les programmes changent, les copies s’accumulent et la gestion de classe peut être éprouvante. Les premières années sont souvent les plus intenses. »

Devenir enseignante de ST2S peut convenir à une infirmière qui aime transmettre, expliquer, organiser et accompagner les jeunes dans leur projet. Ce n’est pas une voie de facilité, mais une piste cohérente pour garder ton expertise tout en changeant de quotidien. Marcella a déplacé son rôle.
« Avant, j’accompagnais des patients à un moment de leur vie. Aujourd’hui, j’accompagne des jeunes qui deviendront peut-être les professionnels de demain. Dans les deux cas, je me sens utile. »
Son parcours rappelle une chose importante : le diplôme infirmier ne t’enferme pas. Il peut aussi devenir le point de départ d’un métier plus aligné avec ce que tu veux vivre maintenant.
Si tu as envie d’enseigner mais que l’Education nationale ne t’attire pas, tu peux aussi enseigner dans une école d’aides-soignantes ou en IFSI.