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Le système de soins français : Une machine à broyer les vocations infirmières

« Les métiers à qui on confie ce qu’on a de plus précieux dans la vie sont les moins valorisés »

Chiffres et constat infirmier

« Le travail d’IDE, bien loin d’être le travail IDEal »

Chaque année, la DRESS (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) publie des données (effectifs, âge, densité, spécialité, zone d’inscription et mode d’exercice) sur la démographie des professionnels de santé, à partir du Répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS) et du répertoire ADELI. En 2019, plus de 722 000 infirmière(s) diplômé(e)s d’Etat ont été recensés en France, dont 18% en libéral, 65% en activité salariée hospitalière (public et privé) et enfin 17% dans d’autres structures ou établissements. La durée de carrière moyenne pour les infirmier(e)s était quant à elle estimée entre 5 à 8 ans selon la situation géographique…

Selon le SNPI cette fois, (Syndicat National des professionnels infirmiers), 60 % des infirmières indiquent ne pas pouvoir exercer selon l’idéal qui les animait au départ, 30 % des nouveaux diplômés abandonnent dans les 5 ans et chaque jour, 1 à 2 soignants changent de profession.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes et je ne reviendrai pas ici sur les raisons que nous connaissons tous, relayées massivement par les médias. Ces données sont parfois nuancées mais elles ont le mérite d’exister et de reposer sur des études encadrées. Effectivement, comme dans de nombreuses situations, on peut tordre les chiffres et leur faire parfois dire ce qu’on veut, mais le constat reste unanime sur la souffrance de cette population d’infirmier(e)s. Prenons même l’exemple à notre propre petite échelle personnelle et interrogeons-nous : nous connaissons tous de près ou de loin au moins un(e) infirmier(e) dans notre entourage qui ne s’y retrouve pas dans les conditions actuelles, et qui plus est, à envie de faire autre chose !

On vous soigne, on nous saigne !

« Pour beaucoup d’infirmières, le seul sens qu’elle trouve encore à leur métier est celui de la sortie de secours »

Et pour les soignants, cette souffrance au travail est d’autant plus douloureuse et destructrice, que ce sont des métiers vocationnels, de cœur et d’action, réalisés avec les tripes. Le premier objectif n’est pas de traiter l’avancement d’un dossier, de produire un fichier Excel ou d’analyser la santé financière d’une entreprise mais bien de se sentir utile, d’aider l’autre à surmonter une épreuve, une souffrance ou une faiblesse particulière, de partager un petit extrait de sa vie pour la rendre un peu plus douce et supportable.

Et puisque cette quête première n’est plus obtenue dans le quotidien du travail, au détriment de considérations matérielles, économiques et financières (qui au passage sont bien réelles et ne peuvent pas non plus être balayées d’un revers de main), cela entraine une perte profonde de sens chez les infirmier(e)s, 1er facteur de désengagement au travail, d’épuisement physique, de dégout psychique et de point de non-retours avec des burn out récurrents à la clé. Quel dommage quand on sait que ce sont des hommes et des femmes qui ont choisis ce métier par passion !

Chaque jour, je suis contactée par de nouveaux/elles IDE qui veulent tout plaquer et se reconvertir,… meurtris par ce métier tant chérit,… habités par une ambivalence mêlant amour et dégout… Je suis aussi profondément interpellée de constater que certaines ont tout juste leur diplôme ou ne l’ont même pas encore en poche (l’expérience de leur stages les ont déjà mises face à la réalité de leur futur métier). Où seront les infirmièr(e)s et que deviendront-elles si nous ne repensons pas la prise en charge des soins dans les prochaines années ?

Les métiers à qui on confie ce qu’on a de plus précieux dans la vie sont les moins valorisés par notre société.

Il est intéressant de regarder la situation sous l’angle sociétal. A la question « A vos yeux, quelles sont les 2 choses les plus précieuses de votre vie ? » , il y a très fort à parier que la réponse soit unanime, que vous demandiez à n’importe quel adulte, que ce soit à un jeune parent, un salarié ou cadre actif, une personne âgée, ou même que vous vous posiez la question personnellement. A savoir,

  1. La santé (sans cela, nos capacité sont réduites, nous souffrons, nous pouvons même en mourir et à tout moment, tout ce que nous avons construit peut s’arrêter et voler en éclat)
  2. Les enfants (et oui, la chair de notre chair, ceux qui nous font devenir chèvre en l’espace d’un instant et lion la seconde d’après si quelqu’un osait s’en prendre à eux)

Si on observe maintenant la place et l’image dans notre société qui est donnée aux professions qui prennent soin de ces 2 choses les plus essentielles de notre vie : c’est-à-dire les soignants à qui nous confions notre santé, notre vie et notre survie et le corps enseignant à qui on demande d’assurer une partie de l’éducation et de l’apprentissage de nos chères têtes blondes qui sont l’avenir de notre pays. Et bien c’est là qu’on mesure le point de déséquilibre ! Nous confions ces 2 piliers de nos vies à des professionnels qui sont dévalorisés, épuisés, usés, non reconnus, mal payés, qui exercent dans des conditions difficiles, même dangereuses, qui tirent la sonnette d’alarme depuis des années et qui sont, malgré la meilleure volonté du monde, à bout de souffle dans un système qui les broie. Nous le savons tous, et pourtant…. quels sont les changements apportés ? Notre société toute entière est alors déséquilibrée, entrainant alors de façon évidente d’autres souffrances et dysfonctionnements par ricochet.

Dans les pays du Nord, être professeur ou soignant est très reconnu et valorisé. L’image et la place de ces professions dans la société est équivalente à celles d’un avocat, d’un notaire ou d’un médecin : il est respectable d’être enseignant ou infirmier(e) et les salaires traduisent cette reconnaissance sociale et sociétale unanime.

Attention, loin de moi l’idée à travers cet article de critiquer de façon insidieuse une société ou un gouvernement en le comparant à un autre. Je ne me permettrai pas ici de donner mon avis : cela n’est ni le lieu, ni l’endroit et surtout je trouve personnellement qu’il est beaucoup plus intéressant d’analyser une situation et d’en débattre plutôt que de la critiquer.

Une révolution est en marche ! La posture des infirmier(e)s évolue : De religieuses à syndicalistes !

Les conditions ont considérablement évolué ces 10 à 15 dernières années, entrainant par ricochet une transformation radicale de la posture des IDE. Si on s’attache à l’histoire, l’empreinte du métier d’infirmier(e) autrefois exercé par des religieuses, puis par des repenties jusqu’à la laïcisation de la profession, induisait il y a quelques années encore une posture teintée de soumission, d’abandon, d’infirmière « instrument du médecin ». Suite à ces contraintes toujours plus fortes, à l’épuisement généralisé et à l’arrivée de nouvelles génération Y, Z et maintenant des millennials pour qui le travail n’est plus un objectif de vie en soi, nous constatons avec le temps que les infirmières ne sont plus dans l’acceptation et l’exécution mais à juste titre dans la dénonciation et la contestation de ce système qu’elles sont prêtes et assument de quitter. La crise sanitaire et sociale mondiale engendrée par le Covid-19 n’a été qu’un crystalyseur et les conclusions du Ségur de la santé n’ont fait que renforcer ce sentiment d’humiliation et de manipulation acérée. La mobilisation revendicatrice des soignants lors des dernières manifestations en témoigne et ne fait que commencer.

Au regard des récentes mesures prises, une question demeure : Considère-t-on que cela coûte moins cher et que cela ôte moins de vies de stopper l’activité de millions d’entreprises, magasins, hôtels et restaurants en plongeant notre société dans une récession économique sans précédent plutôt que d’investir dans l’Hôpital et dans notre cher système de santé français, tant envié par le monde entier ? Affaire à suivre !

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